Poïésies

Autour d'un dé à 9 faces

Marche au hasard d'un tirage.

Tirage du 1 au neuf.
Nouveauté venue d'ailleurs.
En route, puisque c'est là.

 

 

 

I

 

 

Entre deux est

L'illusion d'être

Entre soi.

S'il devient trois (l'espace d'oublier)

Il dit que sans toi, le vide entre.

 

 

 

II

 

 

Comme une ombre errante

Dans les ruses sombres

Oscillante...

L'un précède la conscience du deux.

 

III

 

 

Cœur vaillant dedans

D'un autre bord s'étire.

Qui donc tire

Quand je dors,

De ce cœur amène?

 

 

 

 

IV

 

 

L'espace d'entrer

Dans la moitié d'ici...

Et là,

Cherches l'aléa.

V

 

 

A quadriller ainsi l'espace,

Une jambe interrompt l'autre.

"Pas d'arrière".

 

Avant-deux fait un pas de côté.

Soudain, la jambe se lève,

Droite, à hauteur du dessus.

 

Plutôt que battre le temps en deux,

Elle choisit de chasser croisé...

Côte à côte.

 

VI

 

 

L'élu prend la peine de dire "Oui".

Qu'importe l'aspérité.

Moteur, il interroge :

"Et si?..."

 

 

 

 

VII

 

 

Le souffle court,

Rien n'arrête l'inspire...

Jusqu'au net.

 

 

 

 

 

VIII

 

 

Chaque pas,

Réel, imaginaire,

Donne une lueur.

L'avenir se répète.

"Bis aux branches".

"Ter au sol".

 

 

 

 

 

 

IX

 

 

Regard d'aigle qui

D'une hauteur,

Voit l'âpre s'étioler.

Lointain souvenir

Du chemin avant les ailes...

Victorieux, enfin.

 

 

De la liberté de (bien) marcher

Considérant qu'au fondement de la liberté de toute personne vivante, est la reconnaissance d'un droit inhérent à marcher en serpentine, au-delà d'un process, vers un autre résultat. Considérant que cheminer et digresser font partie intégrante de ce voyage. Considérant que les actes de méconnaissance et de mépris envers ce droit, conduisent à une violence d'autant plus absurde, que le propos vient d'un autre qui prétendrait connaître les marges de manœuvre marchant mieux pour soi. Considérant qu'il est essentiel que le droit de (bien) marcher s'articule, pour permettre à toute personne vivante de mener sa vie comme bon lui semble, avec moins de contrôle et un autre résultat: la sensation à l'issue, d'avoir suivi le chemin qui était le sien.

 

I - Tout individu a droit à (bien) marcher, cheminer, digresser. Marcher conduit à poser un pied devant l'autre, sans toujours savoir (tout de suite) où l'on va. Cheminer se définit comme le fait d'avancer par tâtonnements, expérimentations et itérations successives. Digresser consiste à sortir du sujet, des sentiers battus, à faire un détour. Tous cherchent quelque chose sur une carte, qui n'est pas le territoire.

 

II - Le cheminement et la digression sont ouverts à tout individu, indépendamment de son sexe, sa race ou sa nationalité. Les apatrides et réfugiés ont une avance, celle de connaître intrinsèquement la question du voyage. Quant aux gens de passage, ils naîtraient avec le chemin dans les gênes.

 

III - Le cheminement et la digression peuvent servir un objectif, comme ils peuvent être sans cause. Rares sont ceux venus dire ce qu'il en est vraiment après. Si ce n'est que ce n'est pas le chemin qui est dur, mais le dur qui est le chemin.

 

IV - Le cheminement s'affirme par le fait de jouer avec le hasard, l'intuition, les signaux faibles et les frontières. S'y ajoute, dans un environnement de travail, le fait d'avancer sans toujours suivre le process ou regarder (tout de suite) le résultat. 

 

V - Sur le chemin, la sérendipité guide les bonnes chausses. Elle consiste pour un individu, à savoir qu'il cherche, sans savoir ce qu'il va trouver. Et même, à savoir qu'il trouvera vraisemblablement autre chose, que ce qu'il est parti chercher.

 

VI - Le cheminement résulte en une trajectoire aléatoire, qu'un questionnement ouvert alimente. La trajectoire se crée à mesure de la marche, autant que l'individu se crée lui-même. Qu'il soit énigme ou mystère, un coup de dés alimente aussi bien cette trace qu'un coup du sort. 

 

VII - Des seuils sont autant de repères en chemin. Ils se dépassent à mesure que l'on fait avec les fantômes, dragons et alliés rencontrés. Tels celui en marche, ils font et viennent comme bon leur semble, c'est bien ainsi.

 

VIII - Le cheminement induit qu'il n'y a rien à montrer, si ce n'est peut-être parfois, que l'individu est en marche. La digression induit qu'il n'y a rien à démontrer, si ce n'est peut-être parfois, que l'on est revenu autrement vers un point.

 

IX - Est puni de trois ans de pages blanches à remplir chaque jour, le fait d'empêcher un individu de marcher, cheminer ou digresser. Car une page blanche toujours, soutiendra la liberté de (bien) marcher.