Lumière - Résistance - Vacuité - Cahin-caha - Musique n°2 - Intention - Langage - Désir - Révolution - ...Si... - Chance - Mouvement - Oubli - Silence - Vide - Voir - Perspective - Valeur(s) - Équilibre - Itérationsss... - Portée n°2 - Chaos - Suspension - Signes - Pause - Croche et tiens - Hasards et coïncidences - Sur le fil - Piano - Portée n°1 - Musique n°1 - Contrepoint

mercredi 23 décembre

Lumière

Dans Oscar et la dame en rose(*), Oscar laisse monter une prière: "Demain, Dieu, c'est Noël. J'avais jamais réalisé que c'était ton anniversaire. Fais en sorte que je me réconcilie avec Peggy parce que je ne sais pas si c'est pour ça, mais je suis très triste ce soir et je n'ai pas de courage du tout". Mission des prochains jours, nous mettre en condition de lumière?... Histoire de finir l'année en beauté?... Et pour cela: vider, trier, calmer, oser dire parfois, réconcilier aussi... Avec l'espoir que cette période, symboliquement empreinte de transformation, apporte la grâce de l'inattendu, l'intuition de l'inventif. Un peu comme dans la chorégraphie 'métamorphoses', de Frédéric Flamand(**).

 

Tendus vers l'objectif, enfin quelques jours pour lâcher l'affaire. Avec en tête cette question de sérendipité... Autrement dit: je ne vais pas trouver ce que je suis parti chercher... Mais c'est parce que je cherche, que je vais trouver quelque chose. Au point de faire lumière, comme l'expose Cédric Villani dans son 'théorème vivant'(***): "Au fond, je suis dans l'air du temps: pendant que les enfants ouvrent leurs cadeaux de Noël avec excitation, je suspends des exposants aux fonctions comme des boules à des sapins, et j'aligne des factorielles comme autant de bougies renversées". A l'exemple de son sapin inventif, je nous souhaite de retourner les branches en tous sens, et même le sapin sans-dessus-dessous, à la recherche, encore et toujours, de la pièce qui manquerait au puzzle.

 

 

(*) Magnifique roman d'Eric-Emmanuel Schmitt.

 

(**) Avec les frères Campana, le chorégraphe Frédéric Flamand signe en 2008, pour le Ballet National de Marseille, repris ensuite par le Palais de Chaillot, le spectacle 'métamorphoses', librement inspiré des métamorphoses d'Ovide. Ce poème mythologique latin décrit la naissance et l'histoire du monde gréco-romain, jusqu'à l'empereur Auguste.

 

(***) Cédric Villani est un mathématicien aussi illustre qu'iconoclaste, ayant reçu la prestigieuse médaille Fields en 2010. 'Théorème vivant' est un de ses ouvrages, paru en 2012, dans lequel il raconte plusieurs années de recherche. Parlant du titre de son livre, Cédric Villani déclara: «c'est aussi une façon d'insister sur le caractère vivant des mathématiques. Les mathématiques, pour les gens, c'est mort, immuable depuis des siècles. Or ce n'est pas du tout cela, c'est foisonnant, c'est en perpétuelle évolution».

lundi 14 décembre

Résistance

Ces derniers jours, élections obligent, une phrase revient comme un leitmotiv: "il faut TOUT changer!!!". Pourquoi pas, et surtout oui oui oui, puisqu'à l'évidence la cruche est au bord de se fracasser. Mais alors... changer quoi?... Commencer par quoi?... Et pour faire quoi?...

 

Dès que cette discussion tente de se faire concrète, quelque chose grippe. "Noooooonn!!!!" "Pas maintenant", "pas comme ça", et puis "pas ça, car ça marche encore un p'tit peu". Et les phrases creuses reviennent, un brin péremptoires... Voile soudain rigide posé sur l'envie de changer. Wooh woooh woooooooh, mais qu'est-c'qui s'passe doudou dis-don'(*)?...

 

Certains diront que c'est dur de changer sans savoir où aller. Surtout quand 'on' y a déjà cru plusieurs fois, et que.... "ça n'a pas marché" ou que "c'est toujours pareil". Et puis, d'autres ajouteront "qu'y sont pas là pour ça"... remisant vers d'autres mains le pouvoir de bouger. Et pourtant... Le constat est bien là: tout se passe comme si "ça marchait p'us"... Au point d'avancer en 'pesanteur', comme un ballet désaxé(**)...

 

Alors on fait quoi?... La crise qui nous cerne vient chercher une maturité difficile à assumer, malgré nos stages d'empowerment(***). Accepter que toute vie est entre les mains de celui qui la tient: c'est-à-dire... soi-même. Faute de mieux (Dieu, Freud, Marx etc.), vivons l'autonomie à fond les ballons. Quelle autonomie?... En fait d'égoïste, disons ici 'la vraie': celle qui assume la pleine responsabilité de sa vie, en gardant le lien avec les autres. Personne d'autre que soi, n'a les meilleures clés pour construire une vie réaliste, concrète, inventive. Dans le même temps, chacun de nos actes a un impact sur ce(ux) qui nous entoure(nt), même si nous ne le voyons pas (tout de suite).

 

Notre environnement meurt d'avoir cru pouvoir tout organiser, prévoir, séquencer. Il meurt aussi de tirer sur la corde, en utilisant trop d'énergie à préserver les acquis. La croyance que "ça va passer tout seul" elle-aussi fait faillite. La crise nous pousse à revenir à une politique d'autant plus humble, que l’âpreté perdure, et que personne ne sait vraiment quoi faire. Avancer un pas après l'autre, tâtonner, faire en sorte qu'autour de soi, d'autres rejoignent une marche plus subtile... Et pour cela ENTENDRE ce que l'autre nous dit... Donner place à cette résistance, aussi intérieure qu'extérieure... Ensuite, repartir de là, de cet endroit qui bloque, pour tenter d'en faire quelque chose de plus grand...

 

La "révolution" d'entendre est d'autant plus concrète, qu'elle commence avec nous. Comment ça se passe quand je "dois" vraiment changer quelque chose dans ma vie? A quoi suis-je prêt(e) à renoncer dans mon mode de vie? M'arrive-t-il d'accepter que je me suis trompé(e) de route?... Quel serait alors un mode de vie radicalement différent, et néanmoins pertinent?... A écouter ces questions, nos résistances sont sorties. Petites voix démoniaques, autant apprendre à vivre avec, pour les transformer en notre propre liberté. Sans recette miracle, la radicalité du changement attendu demande peut-être d'être plus au clair sur nos ambitions et leur adéquation au 'modèle' qui nous entoure. D'intégrer également ce principe de réalité: il existe encore du travail, pas toujours dans les secteurs où nous nous sommes formés, parfois pas dans les lieux d'où nous venons, ni dans les conditions que nous avons connues... On fait comment pour y aller?... "L'existence est un mouvement perpétuel. Tout change à chaque instant, et la résistance à ce changement ne peut mener qu'au malheur. C'est la confiance en la vie qui permet d'avancer, de rebondir, et finalement d'apprécier ce qui arrive"(****).

 

 

(*) Référence à une publicité culte des années 1980, pour la marque Oasis avec le chanteur Carlos : "mais qu'est-ce tu bois doudou dis-don'?".

 

(**) 'Le ballet désaxé' est une compagnie française de danse contemporaine. 'Pesanteur' se présente comme une friandise chorégraphique, donnant accès à son travail.

 

(***) L'empowerment est, comme d'autres mots avant lui, à la mode dans bien des entreprises. Traditionnellement entendu comme l'octroi de plus de pouvoir aux individus, il leur permet d'agir plus directement sur les conditions sociales, économiques ou politiques qu'ils subissent (d'après wikipédia). La notion repose donc sur l'autonomie, notion souvent délicate à mettre en œuvre. 

 

(****) Citation de Laurent Gounelle, écrivain, in 'le jour où j'ai appris à vivre'.

lundi 30 novembre

Vacuité

"Le bavardage est l'infaillible indice de la vacuité de l'esprit" écrivait déjà Charles Dollfus en 1868(*). L'époque croit faire face à une transformation inconnue jusque-là.  De fait, les enjeux sont multiples, complexes, et d'une intensité parfois écrasante. Par exemple, certaines activités ont à l'esprit que, d'ici 5 ans, 2/3 des métiers seront nouveaux, inexistants à ce jour...

 

Comment laisser place à cette nouveauté, malgré notre légitime inquiétude à bouleverser le quotidien?... 'Voir ce qui n'existe pas encore' repose sur une part d'inventivité, de réflexion, d'énigme ou de mystère, c'est selon... Faible place au génie... 

 

Anticiper ce qui nous est aujourd'hui totalement inconnu, peut sembler ambition trop élevée. Pour faire simple, levons déjà le nez de temps à autre, des urgences qui aspirent. Histoire de quitter la roue du hamster où nous nous croyons enfermés... Voir ainsi, peut-être, d'autres réponses à l'invivable ou bientôt inutile!... Osons tourner les pages... 

 

Stopper le bavardage, l'inutile, la vacuité... confronte, c'est vrai, au risque de supporter l'inquiétude du 'rien', parfois de l'absurde. Un peu comme dans 'Daddy', une chorégraphie décapante de Robin Orlin(***). A propos de vide, Kazukô Okakura, intellectuel japonais, écrivit en 1906: "Le vide est tout puissant car il embrasse le tout. Ce n'est qu'au sein de la vacuité que tout mouvement devient possible. Celui qui parviendrait à faire de lui-même un espace vide où autrui pourrait librement pénétrer, serait maître de toutes les situations"(**). Je lis cette citation comme un encouragement à transformer nos vacuités en vides fertiles. Créer ainsi l'espace de sentir autre chose. Un peu comme dans la chorégraphie expérimentale 'colonne', de Régine Chopinot(****).

 

 

 

(*) Dans "de la nature humaine : réflexions diverses", 1868. Charles Dollfus est un philosophe, romancier et essayiste français. Fondateur de la Revue moderne, il collabore à l'époque à plusieurs autres revues dont Le temps.

 

(**) Dans "Le livre du thé", 1906. Kazukô Okakura est un érudit japonais, fondateur de l'école des beaux-arts de Tokyo, puis de l'institut des beaux-arts du Japon. Il contribua largement à développer la culture japonaise, au point que, pour les japonais, il est considéré avoir sauvé leur peinture traditionnelle.

 

(***) Le titre intégral de l’œuvre est 'Daddy, I've seen this piece six times and I still don't know why they're hurting eachother'. Elle a donné à Robyn Orlin, chorégraphe sud-africain, une notoriété européenne, à travers un spectacle construit comme un ring au cœur du public. Le temps s'y écoule tel une succession de fiascos aux fondements culturels, ouvrant ensuite sur de nouvelles possibilités. Comme si la vie pouvait, dans ce dépassement, se faire et se défaire.

 

(****) 'Colonne' est une chorégraphie créée en 1997 dans le cadre du festival de poésie contemporaine de Tokyo. Régine Chopinot, chorégraphe contemporaine, construit une danse épurée autour de 'colonne de mot', du poète Shuntarô Tanikawa, dont les premiers vers débutent ainsi: "Jean-sébastien Bach a construit dans le vide un temple de sons, mais moi, j'édifie dans le vide une colonne de mots...".

vendredi 20 novembre

Cahin-caha

Une préoccupation revient souvent ces derniers jours, alors que nous sommes confrontés à la violence barbare des attentats: quel est le sens de s'interroger sur des choses aussi futiles que ce qui occupe notre quotidien?... Comme par exemple, pour moi, cet inconnu derrière la mutation?... Voilà qu'il prend une forme nouvelle, détestable. Après réflexion, je choisis pourtant de continuer ces billets. Car notre liberté repose justement sur cette "légèreté" de réfléchir de tout, penser n'importe quoi, cheminer pour, tâtonner contre, se tromper oui, essayer bof, partir ouille aille, dire oui et puis non non, faire avec et même sans... 

 

Parfois, comme en ce moment, le mouvement se grippe au point d'avancer cahin-caha. Du latin qua hinc, qua hac, par-ci par-là, autant dire tant bien que mal. Pour marcher encore malgré les aspérités, il s'agit d'abord de résister: affirmer les fondamentaux, faire passer le lien avant tout, s'accorder sur l'essentiel. Le cirque cahin-caha nous encourage dans ces mouvements de fond, à travers son spectacle chieNcrU. Après, croire encore que l'inventif reviendra, puisqu'avec la violence barbare, beaucoup semble subitement à recontruire. En attendant, sur un chemin soudain devenu clopin-clopant, je garde 'le fiacre' d'Yvette Guilbert en bandoulière, pour entretenir mon cœur à l'ouvrage. Que cette touche légère contribue à faire sourire, en pensant bien sûr à tous ceux qui ont été si brutalement touchés.

 

 

(*) Cahin-Caha est une compagnie de cirque basée à Marseille, qui revendique un côté "bâtard". Elle mélange en effet une grande diversité d'artistes et métiers, dans un théâtre d'images très physiques, pour construire un nouveau cirque, particulièrement vivant. ChieNcrU est, en 1999, son premier spectacle. Six personnages, marqués par un passé violent, tentent de s'y reconstruire ensemble, pour envisager autrement leur avenir.

 

(**) Yvette Guilbert est une chanteuse emblématique de la fin du 19ème siècle, début 20ème. "Timide à la ville et audacieuse sur scène", comme elle se définissait, ses chansons parfois grivoises sont de savoureux arrêts sur image, en plein boom des cabarets et cafés-théâtre. 'Le fiacre' fait partie de ses musts. Cette chanson est l'occasion de rappeler, si besoin était, ce qu'a de jubilatoire la liberté de vivre selon son bon plaisir!...

lundi 9 novembre

Musique n°2

"Les sons doivent être saisis au vol par les ailes, pour qu'ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds", écrit Eugène Ioesco dans 'La leçon'(*). Merci, Edouard-Léon Scott de Martinville qui, en 1860, réalise le premier enregistrement du son, à l'aide du phonautographe, machine qu'il a lui-même créée. Cherchant à 'écrire' la parole, il vient de la graver. Enregistrée près de 20 ans avant les travaux d'Edison, "au clair de la lune" est la musique parvenue jusqu'à nous. Les recherches de scientifiques américains, First Sounds(**), ont récemment permis de mettre cette invention à jour. Grâce à eux, l'Unesco vient de donner toute sa valeur à la révolution technique qu'apporte à l'époque la découverte d'Edouard-Léon, en faisant entrer le phonautographe au patrimoine immatériel mondial(***). Cette distinction sera officiellement remise au printemps. Fierté.

 

 

(*) Dramaturge roumain et français, représentant du théâtre de l'absurde.

 

(**) Voir ici le lien vers le site de First Sounds pour une synthèse des divers enregistrements d'Edouard-Léon Scott de Martinville. Voir également la 'chronique d'une invention', dans les documents pour l'histoire d'une technique.

 

(***) Voir ici l'annonce de la distinction par First Sounds.

jeudi 29 octobre

Intention

L'intention -du latin intendere: tendre vers- est une disposition d'esprit par laquelle nous cherchons à donner un sens, un but. L'intention mobilise l'intime. Elle facilite la tension vers ce qui nous tient droit, le cœur avec. Il nous appartient ensuite d'avancer sans figer la quête, un peu comme si nous étions 'sur le chemin' de la chorégraphie d'Aurélien Alberge(*).

 

Entretenir la flamme, c'est aussi maintenir notre but ouvert et perméable aux aléas, imprévus, et diverses manifestations du vivant. Souvent, ces impulsions sont plus puissantes qu'il semblerait d'abord. Comme si elles dessinaient entre les lignes, des subtilités facilement inaudibles. A la manière des signaux faibles qui se révèlent derrière la 'mécanique des anges'(**). Tendre l'oreille donne à notre intention la force de ces bruissements. Sensation parfois de grand écart, entre la réalité 'à suivre' et ce qu'en dit une petite voix intime, perdue au cœur de soi...

 

Parce qu'elle oriente nos cerveaux avides de comprendre, l'intention enferme aussi notre recherche. Comme lorsque, figés sur le sens à donner, nous freinons l'ouverture et la curiosité. L'histoire regorge pourtant de créateurs ayant trouvé autre chose que ce qu'ils croyaient chercher... Sans compter les intentions détournées, qui sous couvert d'une quête, désirent d'abord la gloire... Rien de nouveau sous le soleil d'Icare. Paul Claudel l'écrivait déjà(***): "une œuvre qui est écrite dans l'intention d'un public quelconque sera toujours une œuvre manquée".

 

 

(*) 'Sur le chemin' est un solo d'Aurélien Alberge, sur une musique de Rachmaninov, créé en 2014 pour l'ouverture du Grand Théâtre d'Albi.

 

(**) 'La mécanique des anges' est une chorégraphie de Thomas Guerry et Camille Rocailleux, créée en 2009 pour la Maison de la Danse de Lyon. A travers les interrogations, errances et interactions, le spectacle met en avant la manière dont chacun renoue, à travers l'autre, avec ses instincts.

 

(***) Citation de Paul Claudel, dans 'accompagnements'.

lundi 19 octobre

Langage

Sans langage, difficile de parler expertise. Et pourtant l'expert se perd si vite en circonvolutions du langage... Cornélien. Avec à chaque fois le même résultat: dès qu'il se laisse prendre par le jargon de sa recherche, ou que les mots lui manquent pour parler de ce qu'il fait, l'explorateur se retrouve isolé. Obscurité d'un laboratoire en forme de tour d'ivoire... Autour, certains scandent déjà la définition d'Ambroise Bierce(*): "inventeur: personne qui fait un ingénieux arrangement de roues, leviers et ressorts, et qui croit que c'est la civilisation".

 

Bref, l'explorateur est devenu mal famé. Attention à l'isolement, qui pourrait devenir sa marque de fabrique, comme s'il dansait la chorégraphie de Robert Neville(**). D'aucuns lui diraient: "sors!, lève le nez!!... Si c'est donc vrai, donnes-nous les clés de ce que tu penses avoir trouvé!..."

 

Alors, l'explorateur se cabre, car il prend rarement sa quête à moitié. Matin, midi, soir, tous les sens sont tendus vers l'intuition à confirmer, l'erreur à dépasser, l'inconnu à combler. "Qu'est-il encore que je n'ai déjà vu?..." songe-t-il, la tête encore tournée ailleurs. Au loin, les étoiles scintillent. Elles montrent le chemin de l'immensité toujours prête à délivrer la suite.

 

A l'instant, la suite se dit ici. Avec des mots pour traduire ce que l'explorateur a vu. Des mots pour comprendre et qui sait, reproduire, à la manière de "one flat thing, reproduced", chorégraphie de William Forsythe(***).

 

Le langage concrétise ce que certaines fulgurances offrent de trouver. 

 

 

(*) Ecrivain et journaliste américain de la fin du 19ème siècle, essentiellement connu pour avoir écrit le 'dictionnaire du diable' et des nouvelles d'humour noir.

 

(**) "L'isolement" est une chorégraphie réalisée en 2013, dans le cadre d'un festival d'été dans le cimetière de bateaux de Lanester, en Bretagne.

 

(***) "One flat thing reproduced" est une chorégraphie que William Forsythe a créée en 2004 à Francfort. Danseur et chorégraphe américain contemporain, il est considéré comme ayant révolutionné la danse, en parvenant à fédérer les pointes des anciens, avec l'ultra-épuré des modernes. Ces mots lui sont attribués: "si la danse ne fait que ce qu'on attend d'elle, elle va mourir".

jeudi 8 octobre

Désir

"On ne désire que ce dont on manque", disait déjà Platon dans 'Le Banquet'(*). Désirer: moteur dans l'inconnu. Collé au désir est le manque. Qu'advient-il ensuite, sitôt ce manque comblé?... Et bien, la marche reprend, en quête d'une autre nouveauté ou d'un ajout à ce qui vient d'être trouvé.

 

Destinée d'humain, guidée par le sens que chacun donne à sa recherche... Malgré tous les freins en chemin, l'intensité de la recherche facilite l'émergence, comme dans une chorégraphie d'Antonis Foniadakis(**). Obsession d'expérimenter, chercher à résoudre.

 

La vie est une suite de premiers pas, que nul ne connaît d'avance. Ébullition du vivant, où l'intention s'ébauche à tâtons. Ensuite, le discernement donne un sens à la musique. La marche s'allège alors, comme une valse de Beethoven, dans une chorégraphie associant François Malkovsky et Suzanne Bodak, dans un montage de Frédéric Alline (***). 

 

 

(*) Ecrit vers 380 avant JC, Le Banquet est un des textes majeurs de Platon, autour de l'amour.

 

(**) La chorégraphie 'Selon désir', créée en 2004 et interprétée ici par le Ballet du Grand Théâtre de Genève, cherche l'inspiration dans le mouvement des corps, sur la Passion selon Saint Jean et selon Saint Matthieu.

 

(***) François Malkowsky est le créateur de l'Ecole de Danse Libre de Paris. Très inspiré d'Isadora Duncan, son œuvre recherche constamment le geste juste, le mouvement vrai et incarné. Sa chorégraphie du désir, sur 'Le Désir' de Beethoven, date de 1932.

mercredi 30 septembre

Révolution

Selon Jean Dubuffet(*), "la révolution, c'est renverser le sablier". Ainsi mécanique, la révolution change diamétralement la perspective. Dans un mouvement de renversement, ce qui était avant devient après, d'abord s'avère ensuite, dedans se voit soudain dehors, à l'envers se remet à l'endroit

 

L'époque semble souvent marcher sur la tête. En particulier, quand le travail se décline comme une ronde vide de sens, autour d'un axe perdu en route, à la manière d'une "Révolution" chorégraphie d'Olivier Dubois(**).  Voici venu le temps de retrouver du sens, un projet, des ressources, du concret...

 

Renversons notre sablier?... Prenons le risque d'un nouveau métier, choisissons une idée étonnante à mettre en œuvre, restons ouvert au paradoxe et à l'antinomie... Grain de folie aussi, pour envisager ce que la rationalité repousse... Ce renversement rime avec vulnérabilité, comme dans la chorégraphie 'tensile involvment" d'Alwin Nikolaïs(***). 

 

 

(*) Peintre, sculpteur et plasticien français, à l'origine de la théorie de l'art brut.

 

(**) Dans sa chorégraphie 'Révolution', Olivier Dubois, chorégraphe contemporain, pousse à l'extrême le mouvement circulaire autour d'un axe, incarnation de nos travaux en chaine, sur un boléro de Ravel répétitif. Conquis ou asphyxiés, un certain nombre de spectateurs quittèrent la salle.

 

(***) Alwin Nikolaïs est un danseur et chorégraphe américain, pionnier dans la réalisation d’œuvres multimédia. 'Tensile Involvment' est l'une des créations qui l'a révélé au public, en 1955.

dimanche 20 septembre

...Si...

L'équation serait bonne "si et seulement si". Si, avant de partir, j'avais pris le temps de cerner ce que j'allais chercher. Si, en chemin, j'avais continué de m'étirer, pour laisser d'autres idées arriver. Si j'avais accepté que la route monte et descend, un peu comme des mouvements de Sylvie Guilhem(*). Et si je m'étais joué de l'irrationnel, au détour d'une sinesthétie(**)...

 

"Nous partirons lundi en quête d'idées nouvelles, portés par le halo d'un quartier de lune orangé. Invoquant l'aide de Plutarque, Kepler, Voltaire et même Newton(***), nous pointerons l’œil vers Saturne, le dieu de l'âge d'or. Nourris de son impulsion, nous verrons la planète danser comme dans un film de Chris Abbas(****). Hasard, chance ou nécessité, nous en déduirons la formule censée nous éclairer." Formule nouvelle, bien sûr. Qui projette un coup plus loin, au point de laisser l'audace advenir. 

 

L'équation sera vérifiée si j'accepte de rentrer, pour présenter la formule qu'en chemin j'espère trouver. Si les mots sont reçus, peut-être viendra le 'vrai' sens. "Qui cherche trouve" dit l'adage. Ajoutons: si et seulement si... celui qui cherche s'est accroché.

 

 

(*) "Two (rise and fall)" est une chorégraphie créée en 2001 par Russell Maliphant, dans laquelle Sylvie Guilhem explore la relation entre le mouvement, la lumière et la musique.

 

(**) La synesthésie est généralement définie comme un trouble psychologique (et oui...) conduisant à relier des choses qui n'ont apparemment aucun lien entre elles. Une phrase de Sartre est citée pour exemple par Michel Onfray, tirée de l'Être et le Néant: "Si je mange un gâteau rose, le léger parfum sucré et l'onctuosité de la crème au beurre sont le rose. Ainsi je mange rose comme je vois sucré." (in Michel Onfray, Le ventre des philosophes, 1989). 

 

(***) Parmi d'autres, ces philosophes et scientifiques ont tenté de voir des symbolismes et correspondance entre certaines manifestations du monde. Voir notamment ce qui concerne les sons.

 

(****) Une vidéo diffusée en 2014 par l'Agence Spatiale Européenne dévoile des images des aurores polaires de Saturne. La même année, Chris Abbas, réalisateur et designer américain, crée une vidéo originale de Saturne, à partir d'images de la NASA.

mardi 8 septembre

Chance

Les anglais ont coutume de dire que "la chance en amène une autre"(*). Courrons vite la chercher, histoire d'en trouver une autre. Mieux encore: recevons la chance en feignant n'avoir rien demandé. 

 

Le sort chahute: où est donc la bonne fortune que je suis parti chercher?... Quel est le bénéfice de cette crise?... "Bouge de là" revient en leitmotiv, puisque rien de vivant ne se trouve plus ici. Les pas s'emballent pour sortir de ce lit, comme dans la chorégraphie "Ô lit!" de la compagnie "Bouge de là"(**). 

 

Après le mouvement, viendra le sens, alors que nous crions déjà au besoin de résultat. Quel résultat?.... Celui de retrouver l'envie de rester là?... Ou plutôt le désir de partir ailleurs, pour mieux revenir ici?... Quel sens?... Celui d'inventer sa vie?... Au risque parfois de la perdre?... "C'est dans la connaissance des conditions authentiques de notre vie qu'il nous faut puiser la force de vivre et des raisons d'agir" écrit Simone de Beauvoir(***). Parfois, des événements nous convoquent. Autant alors se bouger. "La vie est une chance, saisis-là" intima une femme haute comme trois pommes, qui s'appelait Mère Térésa. Et puis, "voi[ ], vois, voix, voie..." comme le chante si joliment Natan(****).

 

 

(*) proverbe anglais.

 

(**) Compagnie de danse canadienne menée par la chorégraphe Hélène Langevin, qui se consacre surtout aux enfants, pour les sensibiliser à des thématiques simples, en captant leur imaginaire de manière très créative. "Ô lit!" est une des dernières créations de la compagnie, qui explore la protection du territoire de l'enfance... et sa sortie.

 

(***) Simone de Beauvoir, in 'Pour une morale de l’ambiguïté'.

 

(****) Troubadour des temps modernes, cyber-à-cœur et chanteur, aussi.

dimanche 30 août

Mouvement

"L'être vivant est surtout un lieu de passage, et l'essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet" écrit Henri Bergson(*). Être en mouvement entretient cet élan vital, comme dans un film d'Eadweard Muybrige(**), qui eut une grande incidence à la fin du 19ème siècle, dans la façon de percevoir le mouvement.

 

Satisfaire nos conditions de vie semble le minimum. Un jour parfois, l'appel nous pousse vers autre chose. "Il faut quitter le calme rassurant des utopies et prophéties, fussent-elles catastrophiques, pour descendre dans le mouvement, déconcertant mais réel, des relations sociales" écrivit Alain Touraine(***) à une étudiante. Appel au service d'autres fonctionnements à trouver...

 

 

(*) Henri Bergson, philosophe, in "L'évolution créatrice".

 

(**) Eadweard Muybridge est un photographe anglais connu pour ses décompositions photographiques du mouvement. Edward Rose et Nick Reynold ont traduit certaines de ses études dans un film animé: 'Ballet in ten movement played by seven instruments', dont l'extrait ci-joint est 'Movement four'.

 

(***) Alain Touraine, sociologue tourné vers les nouveaux mouvements sociaux.

samedi 22 août

Oubli

"La vie n'a qu'une forme: l'oubli" selon Francis Picabia(*). L'oubli libère nos logiciels, donne de l'espace à la nouveauté. Des idées vont et viennent... "Déjà vu"?... "Déjà connu"?...

 

"Lâcher prise", qu'ils disaient... S'agirait-il de lâcher le regard par derrière, pour regarder au loin, droit devant?... La vie s'enchaîne parfois comme du papier à musique, avec si peu de place pour penser sa propre musique... 

 

L'oubli permet pourtant de lâcher 'tout' ce que nous avons appris, réfléchi et organisé jusque-là. Sommes-nous prêts pour une rentrée qui dirait oui à l'oubli?... Pour être vivant comme un "clown de Dieu"(**), semble dire la chorégraphie de Jorge Donn...

 

 

(*) Peintre, graphiste et écrivain français, proche du mouvement Dada.

 

(**) Magnifique danseur argentin, mort en 1992 après avoir beaucoup travaillé avec Maurice Béjart. Ce fût notamment le cas dans 'Nijinsky, clown de Dieu', ballet créé par Béjart en 1971 autour du célèbre danseur et chorégraphe russe Nijinsky, qui s'appuie sur des extraits de son journal.

dimanche 9 août

Silence

"Entends ce bruit qui est continu, et qui est le silence. Écoute ce qu'on entend lorsque rien ne se fait entendre"(*). Apparenté au calme et au recul, le silence rend nos signaux faibles, plus forts. Au point qu'ils semblent maintenant tracer une route. D'ailleurs, "le silence permet de trouver son destin", selon les mots de Lao-Tseu. 

 

Laisser faire, laisser venir. Demain, les mots diront le sens de ce nouveau mouvement. Il a le goût du plaisir, celui qu'exprime le corps au rythme du vent du large, comme dans le mouvement d' "Aunis"(**).

 

 

(*) Paul Valéry, in "Tel Quel II", 1943.

 

(**) "Aunis" est une chorégraphie de Jacques Garnier, fondateur avec Brigitte Lefèvre de la Compagnie du Silence, dans les années 1980.

jeudi 30 juillet

Vide

Qui sait combien "la nature a horreur du vide"(*)?... De fait, sitôt qu'un espace se libère en nous, dans l'agenda ou le carnet d'adresse, autre chose prend la place. Sur le papier, le vide serait presque une chance donnée à la nouveauté. Nous voici déjà rêver de grands coups de balais: enlever ceci, ôter cela... d'un élan aussi "chouette" que les forbans le chantaient(**)...

 

D'où nous vient alors d'avoir si peur du vide... si tant est d'ailleurs que nous l'ayions croisé?... Risque de nous trouver nous-mêmes?... Ou plutôt évitement d'un avenir qui s'écrirait ailleurs que dans nos images d’Épinal?... Rien de tel pour savoir, que de tenter l'expérience. A la faveur de l'été, je nous souhaite de tourner dans le vide(***), en laissant de côté "veaux, vaches, cochons et couvées"(****).

 

Souhaitons qu'émerge ainsi autre chose, qui remplacerait la mêlée.

 

 

(*) Aphorisme posé par Aristote.

 

(**) "Chante, chante, danse et met tes baskets, chouette, c'est sympa tu verras, viens, surtout n'oublie pas...", cliquer ici pour entendre plus de la chanson collector des Forbans. 

 

(***) Comme dans une chanson d'Indila...

 

(****) Référence, un peu détournée, à la célèbre fable de Jean de la Fontaine, 'la laitière et le pot au lait'.

dimanche 19 juillet

Voir

Nous ne voyons bien que ce que nos consciences acceptent de voir. C'est dire la nécessité de mettre la mémoire à distance, pour discerner l'avant-garde. Voir au-delà de ce que nous connaissons déjà, au point de trouver cela inédit, inventif, ou à tout le moins étonnant. "Cherches plus loin", semble dire l'explorateur. "Pas trop loin", tremble l'autruche, prise aux feux d'une chorégraphie de Tino Fernandez(*).

 

En quête d'originalité, nous voici réduits à expérimenter, tester, tenter, et chercher encore... "Nous sommes peu à penser trop, trop à penser peu" disait déjà Françoise Sagan(**). Une boussole à la main, de celle qui aide à 'devenir', sans trop songer à se situer, avançons joyeusement vers ce qui nous semble nouveau. Jusqu'à donner un autre sel à l'existence, puisque "chacun, en matière de jouissance, a son point de vue spécial" rappelait Alexandra David-Néel...(***)

 

 

(*) Voir un extrait de "la mirada del avestruz" (le regard de l'autruche), chorégraphie créée en 2002 par Tino Fernandez, pour dénoncer les violences quotidiennes en Colombie. 

 

(**) Écrivain française du 20ème siècle, surtout connue pour son style à la mélancolie nonchalante, mettant régulièrement en scène une bourgeoisie riche et désabusée. Son roman le plus célèbre reste "Bonjour tristesse".

 

(***) Écrivain, exploratrice et orientaliste du 19ème siècle, morte à 101 ans après une longue vie d'érudite.

jeudi 9 juillet

Perspective

Sans perspective, le sens de la mutation se perd. Prendre du recul, parfois de la hauteur, rappelle ce qui se cherche au loin, là où les étoiles scintillent(*). En marche, cette tension donne de la cohérence, entre exploration et repères. Explorer demande de viser loin, à la recherche du geste nouveau. Et unique, comme s'il se suffisait à lui-même pour manifester l'essentiel.

 

Montrer l'objectif, le vrai, comme une "pleine lune" de Pina Bausch, que les étoiles soudain illuminent(**). Et puis revenir régulièrement aux repères, qui stabilisent l'expérience. 

 

 

(*) Comme le rappelle cette célèbre citation d'Oscar Wilde: "il faut viser la lune parce qu'au moins, si vous échouez, vous finissez dans les étoiles".

 

(**) Chorégraphie de la célèbre Pina Bausch, en particulier Vollmond, qui signifie "pleine lune", créée en hommage à Thomas Erdos, son agent, conseiller et très proche soutien. Dans ce spectacle, Pina Bausch célèbre la vie, la liberté, à travers plusieurs tableaux juxtaposés tels un collage, sans réel fil rouge. Cette œuvre est la dernière de la chorégraphe, décédée en 2009.

mardi 30 juin

Valeur(s)

En quoi la valeur, nos valeurs, donnent-elle de la consistance au chemin?... Quelle valeur d'ailleurs, donner à cette démarche?... 

 

La valeur est la mesure attachée à un acte, un signe, un symbole. Elle donne de la consistance à l'ouvrage, pour se mettre en axe et sortir des répétions obsédantes, comme l'exprime la chorégraphie entêtante de Thierry Mandalain sur le Boléro de Ravel(*). Dans nos comportements, la valeur touche ce que nous posons comme un idéal. Dans nos interactions, la valeur permet d'offrir une contrepartie à ce que nous estimons digne d'être échangé, vendu, estimé. En peinture enfin, la valeur est le degré de clarté d'un ton, relativement aux autres tons d'une peinture.

 

La valeur permet ainsi de mieux repérer le point de vue, le choix. Elle donne aussi une couleur au contenu, fait pour telle ou telle raison. Qui sait pourtant si nous nous en souviendrons ensuite!!...(**)  La valeur est aussi un retranchement, pour arrêter d'avancer ensemble. Qu'est-il donc, derrière l'affirmation que "ce ne sont pas mes valeurs"?...

 

Les bonnes valeurs nous appartiennent. Curseurs, à vos marques!... 

 

 

(*) Comme dans une chorégraphie de Thierry Mandalain sur le Boléro de Ravel, créée en 2001 à la gare du midi de Biarritz.

 

(**) "Quand Eve voulut un second enfant, Adam fut très embarrassé car il ne savait pas quel était le geste, parmi tous ceux qu'il avait faits, qui avait eu pour conséquence d'engendrer le premier bébé". De François Cavanna, un des joyeux drilles de, entre autres, Hara-Kiri et Charlie Hebdo.

vendredi 19 juin

Équilibre

"La vie est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre", disait Albert Einstein. Projeté droit devant, le cheminement dans l'inconnu conduit à constamment rebondir, à la recherche de nouvelles alternatives. Pédaler, plutôt que laisser tomber. En chemin, la ressource vient de ce qui passe à portée de main.

 

Cultiver l'effervescence, la profusion, la variété, pour voir peut-être l'originalité émerger. A la manière d'un défilé de Régine Chopinot et Jean-Paul Gaultier(*)... "La vie a mille aspects, le néant n'a qu'un moule" écrivait Anaïs Segalas(**). Alors heureux celui qui pédale, il crée des opportunités!!... Après, nous aurons (peut-être) l'éternité pour comprendre.

 

 

(*) Voir "Le défilé", chorégraphie de Régine Chopinot et costumes de Jean-Paul Gaultier. Cette création atypique, mi-défilé, mi-ballet, a marqué l'histoire de la mode contemporaine, par les nouvelles propositions données au costume de danse.

 

(**) Dramaturge, poétesse et romancière française du 19ème siècle.

dimanche 31 mai

ItérationSss...

Le chemin dans l'inconnu est tout sauf linéaire. Plutôt itératif, fait d'options successives, telles des micro-décisions qui concrétisent idées et intuition.

 

Le chemin offre de tirer parti des expériences passées, de jouer avec les erreurs, au point de trouver des vertus aux situations traversées(*).

 

Facile à dire?... Inutile de savoir prônent certains, comme si le chemin se faisait lui-même. Se concentrer à sentir, est déjà bien. Au prochain coup, on affinera! Plutôt -tchin -tchin, n'est-il pas?...

 

Il se pourrait que cette incertitude entretienne notre élan vital, au point de faire danser l'enfant endormi sous notre propre bourgeois, comme dans une chorégraphie de Daniil Simkin(**). Oui oui, dans l'inconnu, le pas s'allège de l'inutile, pour se concentrer sur le fugace, le fragile, l'instantané...(***)

 

 

(*) Ce qui entraîne un rapport fondamentalement différent au travail, à l'erreur et à l'envie. Voir notamment la conférence TedX d'Amina Zeghal, Directrice de l'université Dauphine à Tunis, autour de l' "irrationalité de l'humain". Comble du comble (qui sait?), pour une férue de mathématiques.

 

(**) Voir "les Bourgeois" de Danii Simkin, sur une chorégraphie de Ben Van Cauwenberg... et une musique de Jacques Brel, bien sûr.

 

(***) Citation de Stefano Benni dans Saltatempo (2001): "La poésie, au fond, c'est faire voler la lourdeur du monde sur la légèreté des vers, comme un caillou ricoche sur l'eau".

mercredi 20 mai

Portée n°2

La portée du cheminement s'ébauche au fil de l'eau, autour de questions que certains placent en axe. Tension entre 'intention' (pourquoi, dans quel but, quel sens) et 'résultat attendu' (pour obtenir quoi).

 

L'avancée ainsi se pose, avec l'ébauche d'un possible résultat. Nous voici parés pour l'essentiel: révéler LA chose qui cherche à venir, puis une autre, puis une autre... 

 

Le rythme nous conduit en chemin à attraper de telle ou telle façon cette seule qui veut venir, maintenant. L'explorateur bouge ainsi, à la manière d'une danse animée de Ryan J. Woorward(*). "Formule de mon bonheur: un 'oui', un 'non', un but" (**) disait autrement Nietzsche. Ainsi soit l'essentiel.

 

 

(*) Dessinateur américain contemporain ayant notamment produit la vidéo "Thought of You", en forme de danse animée.

 

(**) Friedrich Nietzsche, dans le 'Le crépuscule des idoles'.

dimanche 10 mai

Chaos

Le chaos fait partie de la mutation. Il se produit souvent aux frontières de nous-mêmes, dans ces espaces où tout semble à (ré)inventer. Choix de le suivre plutôt que le fuir, même si l'intensité du chaos facilement nous échappe.

 

Francis Bacon disait que "la vérité sort plus facilement de l'erreur que de la confusion". Au risque de se tromper, le chaos appelle pour avancer le pinceau à la main, fondu dans un mouvement semblable aux sculptures de Jean Tinguely(*). Comme s'il n'y avait pas d'autre issue que de faire avec, continuons d'avancer et attendons que "ça" passe...

 

Pourquoi le chaos durerait-il toute la vie?... Nikki de Saint-Phalle racontait: "peindre calme le chaos qui agite mon âme. C'est une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail". Derrière ces dragons agitant nos esprits, le chaos a la puissance de construire un nouveau monde. Audace de nous laisser façonner par ce mouvement, un peu comme dans la chorégraphie 'weaving chaos' (**).

 

 

(*) Jean Tinguely est un sculpteur et peintre suisse mort en 1991, surtout connu pour ses machines en forme de tableaux animés, dont les Méta Matics.

 

(**) "Weaving chaos" est une création de Tânia Carvalho en 2014, autour du voyage d'Ulysse.

dimanche 3 mai

Suspension

Pour laisser l'inconnu faire son œuvre, une suspension peut s'avérer nécessaire. Suspension entre le point final et le moment du redémarrage... Suspension qui tient parfois l'espace du doute... Ne plus rien voir, si ce n'est quand même d'où l'on vient. Est-ce utile pour la suite?... Difficile de savoir... Mais quand le doute sera parti, lapalissade, on sera sûr de savoir.

 

En 1869, les frères Goncourt faisaient dire à Madame Gervaisais: "Le doute, (...) c'est la suspension de l'intelligence entre deux extrêmes qui offrent tous deux des raisons de probabilité"(*). Voilà une élégante manière de qualifier le fait qu'en marche, rien ne semble certain... Si ce n'est peut-être la nécessité d'avancer à la recherche du point de suspension. Un peu comme une danse entre terre et airs, à la manière du spectacle fugue & trampoline de Yoann Bourgeois...(**)

 

Et si, dans l'intervalle, nous prenions le risque d'attendre cette certitude qui semblera plus valable?... Le temps que 'ça' vienne...

 

 

(*) "Madame Gervaisais" est le dernier livre écrit ensemble par les frères Goncourt, avant la mort de Jules, le plus jeune. Ce roman décrit une Rome aux milles visages, autant que l'héroïne. "Une suite d'études en serre chaude", aurait dit Saint-Beuve.

 

(**) Dans ce spectacle présenté en avril 2011 à Montpellier, Yoann Bourgeois explore, sur un prélude de Bach, l'avancée vers le point de suspension. Chez les jongleurs, ce point idéal est celui où, débarrassé de son poids, le corps lancé en l'air atteint le sommet de sa parabole.

dimanche 19 avril

Signes

photo : Lucien Clergue, trio de Saltimbanques à Arles (1955)
photo : Lucien Clergue, trio de Saltimbanques à Arles (1955)

Cheminer conduit à revenir vers un point fixe, pour constater le résultat. C'est le moment de célébrer les fruits du voyage. Le tableau, soudain, se donne à voir. Peut-être trouve-t-il un sens nouveau: celui d'ouvrir une période différente. Après le bleu, le rose?... Des signes émergent, comme dans la chorégraphie "Victoire des signes" de Carolyn Carlson(*). Victoire, s'ils permettent d'anticiper la suite! Picasso disait: "Chercher ne signifie rien en peinture. Ce qui compte, c'est trouver"(**). Alors... on y retourne?... 

 

photo : Lucien Clergue, trio de Saltimbanques à Arles (1955)

 

(*) Extrait de la revue The Art, 1923.

 

(**) 'Signes' est un ballet créé en 2007 à l'opéra bastille. Il marque la rencontre entre Carolyn Carlson (chorégraphe), Olivier Debré (peintre ayant conçu les costumes et décors) et René Aubry (musique). Le dernier des 7 tableaux consacre la "victoire des signes".

jeudi 2 avril

Pause

"La pause, elle aussi, fait partie de la musique" écrivait Stephan Sweig, dans la confusion des sentiments. Calée entre deux mouvements, elle est une comme une "Brève suspension"(*), état d'apesanteur facilitant la réception des signaux faibles et forts. Comme dans la chorégraphie du collectif A.I.M.E. au 104. Cette prise de distance redonne du jus à l'originalité. "A chaque fois que vous vous retrouvez du côté de la majorité, il est temps de faire une pause et de réfléchir" nous dit également Mark Twain.

 

Alors... "pause", histoire d'entendre ce qui se cache derrière la danse, la tache et les soupirs. A la manière de la démarche derrière l'album Sleepify de Vulfpeck(**).

 

 

(*) Comme si la pause cherchait à démêler l'avant de l'après.... ? Voir notamment un extrait de "brèves supensions", la danse en état d'apesanteur, avec le collectif A.I.M.E. au 104.

 

(**) En 2014, pour financer sa tournée, le groupe californien Vulfpeck enregistre du silence, sur un album "sleepify" mis sur le site en ligne Spotify. Dans le même temps, le groupe encourage ses fans à enregistrer son sommeil. Affaire à suivre depuis leur site.

samedi 28 mars

Croche et tiens

Difficile de mesurer d'avance, ce que le chemin résoudra. Comment savoir si le chemin poursuivi est juste, ou s'il est une chimère? Sentir que l'on se trouve face à soi-même est déjà un élément de réponse.

 

Cheminer attire et repousse à la fois: pas vraiment envie de se trouver avec soi-même en route... Un marchandage s'installe pour échapper à soi. Pour quel résultat?... A quoi bon?... A certains, l'imaginaire pourrait sembler une chimère, un peu comme le cygne blanc poursuivi par Siegfried(*). La rêverie alors deviendrait un refuge, où le monde se transforme en futur fantastique, empreint de mystère et de fatalité.

S'agit-il encore d'émergence, ou bien de fuir une réalité que nous aimons croire imposée?... Nous saurons, en cheminant. Danser et danser encore, dans une tension constante entre ouverture d'esprit et concentration vers un résultat: celui de rendre le cygne réel, incarné, accessible. Ce mouvement peut parfois sembler douloureux, tel une révélation de Svetlana Zakharova(**). Paradoxe d'une grâce mélancolique issue d'un chemin sans artifice, pour que le résultat s'offre, concret. Entre temps, "croche et tiens"(***).

 

 

(*) Référence à "La mort du cygne" sur une musique de Saint-Saëns, et non au "Lac des cygnes" de Tchaïkovski, même si les costumes sont les mêmes. Ce solo a été présenté en 1905 par la grande Anna Pavlova, dans une chorégraphie de Mikhail Fokine. La tout aussi grande Maïa Plissetsakaïa en a fait un de ses tubes, l'interprétant encore à 70 ans. Cette chorégraphie reste la plus connue de Fokine, souvent reprise et notamment sur un format humoristique en 2009, par les ballets Trockadero de Monte-Carlo

 

(**) Svetlana Zakharova est considérée comme l'une des plus grandes ballerines de ce début de siècle. Voir notamment ses pas dans un extrait de "Revelation", avec une chorégraphie de Motoko Mirayam.

 

(***) Devise du 21ème régiment de marine.

vendredi 20 mars

Hasards et coïncidences

"Il suivait son idée, c'était une idée fixe, et il était supris de ne pas s'étonner"(*). Plutôt qu'un chemin fixe et fixé à l'avance, la vie s'écoule dans un flux en perpétuelle mutation. Seul notre regard fige le mouvement, alors que tant échappe à la conscience!!....

 

Nous sommes pourtant prompt à vouloir contrôler a priori la plupart de nos gestes. Portée par un désir, étirée par l'inconnu, l'exploration tente de détourner l'esprit vers autre chose: ce qui appelle ailleurs, tout en venant de nous.

 

Sur ce chemin en forme d'arborescence, les hasards et synchronicités(**) sont une grande ressource. Sans rationalité apparente, ils se présentent comme des opportunités d'agir autrement, qui trouvent sens à mesure que l'esprit accepte de jouer avec. Si notre esprit est joueur, il enchaîne les figures de style, prompt à faire avec tout ce qui lui passe à portée de main. Dès qu'il met les pieds sur le frein, l'esprit fige la danse.

 

Au risque de faire peur, explorer ressemblerait plutôt aux envols d'une chorégraphie de Merce Cunningham(***), remplie d'émergences. Le champ des possibles semble s'y étirer, les corps et les événements rebondissent les uns sur les autres, transformant le ballet d'émergences en une cohorte d'opportunités.

 

 

(*) Jacques Prévert.

 

(**) Une synchronicité est un lien intuitif permettant d'associer des événements arrivés en même temps et à priori sans aucun rapport. Karl Jung a été le premier à utiliser cette notion. 

 

(***) Merce Cunningham est une référence majeure de l'histoire de la danse contemporaine. Son terrain est celui de l'abstraction, imposant la chorégraphie comme une partition complexe de mouvements et de rythmes, dont les lignes s'entrecroisent pour dessiner un tableau vivant. Voir notamment "Beach Birds for Camera".

vendredi 13 mars

Sur le fil

 

 

 

 

 

 

Voilà que sur le fil, j'ai tout oublié...

 

vendredi 6 mars

Piano

Dans un monde gouverné par l'urgence et le résultat immédiat, capter l'essence du cheminement confronte à une révolution(*): celle de se laisser tâtonner piano, gouverné par l'intuition. Cette révolution permet de revenir à la source de la nouveauté, où se trouvent les graines d'originalité. 

 

Ici, l'intuition est reine. Elle se présente souvent comme un flash instantané d'idées ou d'images, hors du champ de la rationalité immédiate. Ce sens, trop souvent oublié, donne une autre couleur à la route.

 

D'abord, car l'intuition personnalise le chemin: c'est "moi" qui sent, donc de moi qu'il s'agit. Ensuite, car ce "sixième sens" permet de mieux discerner: est-ce que ce que je sens sonne juste?... La gamme que je crois percevoir permet-elle de révéler toutes les notes?... Quelles tonalités cherchent à venir?... Comment harmoniser ces diverses vibrations?... Les flashs auxquels l'intuition donne accès, se captent avec le tâtonnement.

 

Dans ce voyage, le mouvement va piano, puisqu'il suit la marche du temps: un pied après l'autre, le flair pour sentir la barcarolle(**). Les sens sont à 360°: devant, derrière, dessus, dessous, avant, après... L'intuition vibre au temps présent de l'émergence, à l'instant du jaillissement.

 

 

(*) Dans le sens littéral du terme, "révolution" dérive du latin revolvere: imprimer un mouvement circulaire pour revenir à un point de son cycle. Ce terme est également utilisé dans le sens d'un mouvement politique amenant un changement brusque et profond. La révolution envisagée ici consiste à revenir au point de rupture, l'instant où l'homme s'est coupé de ses sens premiers, à commencer par l'intuition. L'intuition ramène l'énergie au cœur de l'humain, pour mieux discerner, dans le tohu-bohu, les "signaux faibles" d'un monde qui cherche à venir.

 

(**) "Barcarolle" signifie littéralement "chanson de bateau", et tire son nom du chant des gondoliers vénitiens. La Barcarolle en fa dièse majeur, opus 60, est une des dernières compositions de Frédéric Chopin, entre l'automne 1845 et l'été 1846. Il la joua pour la première fois lors d'un concert chez Pleyel en 1848. Souvent considérée comme à la fois nostalgique et rêveuse, dramatique et nerveuse, cette Barcarolle a donné lieu à de très nombreux enregistrements, dont Arthur Rubinstein est l'un des plus célèbres interprètes.

lundi 2 mars

Portée n°1

L'inventivité pousse à l'envol, pour quitter l'univers clos de nos représentations mentales. Entre les lignes de nos certitudes, des notes trouvent à se perdre. L'inconnu alors s'étreint, un peu comme un baiser volant d'Angelin Preljocaj(*).

 

Dans le tourbillon de cette étreinte sans fin, le chemin se révèle. Heureux celui qui écoute, prompt à percevoir que des notes s'installent, au point de donner sens à la musique.

 

La nouveauté reste la clé d'entrée de cette gamme un peu particulière. Chacun s'y meut d'une avancée sans savoir, vulnérable puisque nu, les sens en éveil. En chemin, des étoiles nous guident. Elles étirent vers le désir, l'envie. "Il faut porter encore du chaos en soi pour enfanter d'une étoile qui danse" écrivait déjà Nietzstche(**). Ce à quoi Rainer-Maria Rilke pourrait répondre: "Pour connaître les réponses, il faut vivre les questions". Le cheminement est plein de vibrations qui donneront un jour une portée. En attendant, apprendre à faire avec l'inconnu, les vertiges et cacophonies qu'il génère parfois.

 

 

(*) Dans Le Parc, chorégraphie célèbre d'Angelin Preljocaj, le chorégraphe s'interroge sur le cheminement des passions. Voir en particulier la fameuse séquence dite du baiser volant, avec Aurélie Dupont et Manuel Legris, sur l'adagio en fa dièse du concerto pour piano n°23 en la majeur de Mozart.

 

(**) Dans "Ainsi parlait Zarathoustra".

samedi 21 février

Musique n°1

Quelle est donc cette petite musique qui pousse à se mettre en route?... Celle qui dit "lève-toi et marche"(*)?... Toc-toc, la musique est bien là, comme un monologue intérieur, soliloque de Molly dans James Joyce(**)...

 

Puisqu'il est temps de se mettre en route, "Musique" chanterait France Gall(***), en quête de notre propre rythmique.

 

 

(*) Dans la bible, Luc 5-25, fameuse parole de Jésus au paralytique.

 

(**) 18ème et dernière partie du roman "Ulysses" de James Joyce, composé de 25000 mots divisés en huit blocs sans ponctuation, pour imiter la pensée de l'héroïne. Ulysses reprend les grandes étapes du voyage initiatique, pour aboutir à une forte critique sociale. Voir l'extrait ici.

 

(***) Chanson écrite par Michel Berger pour France Gall en 1977: "Quittons dans ce monde insolite / Le bruit des pelles mécaniques / Qui construisent quoi / Faisons taire les mélancoliques / Avec notre propre rythmique et notre joie / Musique (...)".

 

vendredi 13 février

Contrepoint

Contrepoint, ce mot anime le départ d'un nouveau voyage en quête d'inventivité. Des billets hebdomadaires, en forme de notes de tendance, devraient pointer mes oscillations entre "cadre" et "liberté", "structure" et "inconnu", "repères" et "exploration", "contrepoint" et "harmonie". Pourvu qu'elles parlent à l'autre, ces notes entremêleraient alors nos pas, d'une mélodie poussant l'ensemble plus loin dans l'à-venir. Au bout du ponton, l'ébullition appelle pour une fugue (bien) tempérée(*). Prendre le risque d'oser....

 

 

 

   

(*) A travers le "clavier bien tempéré", oeuvre composée de nombreux préludes et fugues, Bach conduit une recherche sur le tempérament, c'est-à-dire les intervalles d'une gamme. Il rappelle ainsi son attachement au contrepoint, que les sirènes de l'harmonie emmènent déjà au loin. Cliquer ici pour ré-entendre le prélude n°1.