M comme management

... «par co-construction»

Marcher vers ce qui marche demande souvent de s'ajuster à ce qui est en train d’arriver, plutôt que chercher à (tout) prévoir à l’avance. En pratique, l'exercice peut réveiller des peurs: celle de perdre du temps, de lâcher le contrôle, ou encore de risquer le ‘n’importe quoi’… Plutôt qu'une élaboration descendante, visant à faire valider par l’équipe un projet déjà ficelé, la co-construction délègue à des groupes de travail, avec une grande place laissée à l’intelligence collective.

 

Nous recommandons d'informer en amont de la latitude dont chacun dispose. Puis, de permettre aux groupes de travail de se structurer, pour que les interactions soient aussi fructueuses que possible. Egalement, de capitaliser sur les retours d’expérience, qui tirent parti des essais et ajustent régulièrement les modalités d'élaboration. 

 

Ce type de management fait la part belle aux talents créatifs, au rang desquels : tolérer l'incertitude et l'ambiguïté, être agile dans l'adaptation, se développer personnellement, faire preuve de souplesse et d'ouverture d'esprit, jouer avec les signaux faibles, capter autre chose par une écoute plus approfondie, entretenir l'imaginaire et l'intuition... Talents qui faisaient écrire au chorégraphe Maurice Béjart, dans L'autre chant de la danse:


Avec les retours d’expérience, l’équipe prend le risque d’une introspection qui libère des leviers d’action. Chacun est ainsi remis en pleine capacité d’initiative, retrouvant le goût d’apprendre et d’être appris. Quant à celui qui manage à aller vers, il en découvre tout autant sur la façon dont lui-même se manage dans l’incertitude. L’équipe prend alors les clés d’un destin au format nouveau: à tâtons, calibrées sur le prix que chacun est prêt à mettre pour explorer, s’ajuster, jouer collectif.

Et aussi: marche, motivation, maturité, maturation, maboul, mesure, merci...

N comme nouveauté

La nouveauté est simplement ce que je ne connaissais pas jusque-là. De fait, "Nous n’en savons pas encore assez sur l’inconnu pour savoir que c’est de l’inconnaissable", fait dire Chesterton, l'un des plus grands écrivains britanniques du siècle dernier, à William Blake, dans une biographie éponyme. Ça tombe bien, car l'inconnu est justement le sujet derrière la marche. "Comment vivre sans inconnu devant soi?..." s'interrogeait René Char dans son recueil de poèmes, Fureur et mystère. Beaucoup est affaire de cadre et d'étirement pour en sortir. Avec un libre arbitre laissé à chacun: "Si j’aime ce que je fais et ce que ça produit, je garde; si je n’aime pas, je change".

 

Et aussi: nuit, nébuleuse, naguère, naïf, nez, naturel, négatif, nickel...

O comme ouverture

Dans l'inconnu que la marche génère, l'ouverture est autant physique que mentale: j'accepte de voir, penser, dire... jusqu'à bouger différemment. Comme le monde que nous percevons, l'inconnu n'est pas l'exact reflet de la réalité. Plutôt une reconstruction mentale, orientée par nos désirs et peurs, notre histoire et nos projets. Les données sont filtrées et mises en forme à travers des "schémas" cognitifs qui restructurent les informations perçues et leur donnent un sens. Parfois appelés schémas mentaux, ces stéréotypes de pensée éliminent régulièrement des informations. Souvent parce qu’elles nous déplaisent, conduisant alors à des biais de perception. Le questionnement tente de repousser ces limites. Car l’impossible, nul n’est tenu", dit le proverbe. Ajoutons à cela la réflexion célèbre de Friedrich Nietzsche:

L'ouverture à l'inconnu repose sur l'envie d'apprendre, qui suppose une estime de soi suffisante. A la fois pour dépasser l’altération de ce que chacun croit vrai à un moment donné. Également, pour questionner les apparences, jusqu'à susciter l'émergence d’idées nouvelles, alternatives et associations imprévues.

Et aussi: obscurité, oreille, offrande, observer, obsolète, obstiné, odorat...